J’ai toujours rêvé d’être Meryl Streep
Livret, Paroles et mise en scène : Thomas BERNIER
Musique : Charlotte GAUTHIER et Thomas BERNIER
Arrangements : Charlotte GAUTHIER et Nicolas DEL GALLO
Lumières : Alvaro RUAULT
Décors : Patrick BERNIER
Avec (en alternance) :
Ilona DILANGE, Maxime GUERVILLE, Jeanne JEROSME, Bastien MONIER, Lucie RIEDINGER, Nicolas SOULIE
Et avec la participation vocale de Frédérique TIRMONT
Jusqu’au 21 décembre 2026





Contexte : Il y a des titres qui intriguent, d’autres qui amusent, et puis il y a ceux qui suscitent immédiatement une irrésistible envie d’en savoir plus. J’ai toujours rêvé d’être Meryl Streep appartient assurément à cette dernière catégorie. Derrière cette promesse pour le moins singulière, le public espère découvrir quelle folie se cache derrière ce titre aussi mystérieux qu’évocateur. Et, de la folie, il y en a ! Mais une folie savamment orchestrée, généreuse et communicative, qui fait de ce spectacle une parenthèse délicieusement réjouissante.
En ce mois d’octobre, après avoir découvert trop de spectacles musicaux aux livrets inconsistants, quel bonheur de tomber sur une comédie musicale qui mise avant tout sur une écriture solide, maligne et d’une remarquable fluidité. Ici, pas de temps mort ni de longueurs.
Mais une comédie musicale ne saurait se contenter d’un bon texte. Encore faut-il que les chansons soient à la hauteur ! Et, sur ce terrain également, le pari est réussi. Les titres nous ramènent à des influences diverses et actuelles sur des paroles qui collent au style narratif. Chaque chanson est à la fois une rupture et une continuité. Elles s’inscrivent dans une véritable continuité dramaturgique, portées par des chorégraphies vitaminées qui insufflent au spectacle une énergie supplémentaire.
Le plus réjouissant, c’est leur sens du timing. Elles surgissent toujours au bon moment, avec une telle justesse qu’on pourrait croire que l’auteur, Thomas BERNIER, lit dans nos pensées. À peine commence-t-on à se dire que cela fait quelques minutes que personne n’a chanté que, justement, la musique repart ! Une mécanique parfaitement huilée, qui témoigne d’une vraie maîtrise des codes du genre.
L’écriture se distingue également par son goût du jeu et du décalage. Les répliques cultes de Meryl Streep sont disséminées avec malice, comme autant de clins d’œil adressés aux admirateurs de l’actrice. Mais le spectacle ne se contente jamais de jouer sur la reconnaissance ou la référence. Il prend un malin plaisir à déjouer nos attentes. Chaque fois que l’on croit avoir deviné la suite d’une phrase, anticipé la conclusion d’une scène ou compris où le scénario souhaite nous emmener, un rebondissement vient tout remettre en question. Le spectateur est constamment pris à contre-pied, et c’est précisément ce qui fait le sel de cette proposition : on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, et l’on finit par aimer cette délicieuse perte de repères.
Au cœur de cette folie, il y a Jessica, personnage lunaire dont l’admiration sans limites pour Meryl Streep confine à l’obsession. Elle évoque, par certains aspects, Rachel Berry, l’inoubliable passionnée de Glee, notamment dans cette manière de vouer un culte presque absolu à son idole. Mais Jessica possède sa propre singularité : sa fascination pour Meryl Streep prend une place telle qu’elle semble parfois effacer tout le reste de son existence. Son enthousiasme est excessif, sa logique bien à elle et son rapport au monde délicieusement décalé.
Le portrait est fichtrement bien observé et retranscrit. Derrière l’extravagance, le personnage révèle quelque chose de profondément humain : cette capacité que nous avons parfois à nous raccrocher à une passion, à une figure tutélaire ou à un rêve au point d’en faire une boussole existentielle. Jessica prête à sourire, bien sûr, mais elle touche aussi par sa sincérité désarmante. Et c’est là que le spectacle trouve un équilibre particulièrement savoureux : ses personnages sont souvent ubuesques, mais jamais totalement étrangers à nos propres travers. Sous la caricature affleure toujours une forme de tendresse.
La mise en scène mérite, elle aussi, d’être saluée. Le décor, intelligemment pensé, permet d’enchaîner les séquences sans avoir recours aux traditionnels noirs ou aux mouvements de rideau intempestifs. Ces transitions s’effacent au profit d’une circulation fluide entre les scènes, qui contribue largement au rythme général. Ici et là, la mise en abîme est détournée au service de la scénographie par des effets de style littéraires futés. Rien ne vient casser l’élan du spectacle : tout semble conçu pour préserver cette énergie et maintenir le public dans le mouvement.
Autre élément qui mérite d’être souligné : l’ensemble de la distribution se produit sans micro. À l’heure où certains interprètes, même aguerris, semblent difficilement pouvoir se passer d’amplification, cette performance force le respect. Si l’on peut considérer que la voix naturelle est une évidence dans le théâtre parlé, la question devient autrement plus délicate dès lors qu’il s’agit de chanter. Il faut alors maîtriser son souffle, projeter sa voix, trouver le juste équilibre entre puissance et clarté, tout en préservant ses cordes vocales et en conservant une interprétation vivante. Le tout sans filet technique, sans amplification pour rattraper une faiblesse et sans effets sonores venant artificiellement soutenir la performance.
Visuellement, le spectacle assume pleinement son extravagance. Du rose, beaucoup de rose, énormément de rose même, auquel s’ajoutent des paillettes à profusion ! Un parti pris esthétique qui ne cherche ni la discrétion ni la demi-mesure. Et c’est tant mieux. Dans un monde qui semble parfois s’assombrir un peu plus chaque jour, cette déferlante de couleurs fait un bien fou. Elle participe à l’identité du spectacle et prolonge son état d’esprit : ici, on revendique le droit d’être excessif, de voir grand, de rêver fort et de ne surtout pas s’excuser d’être différent.
Car, au-delà de l’humour et de l’exubérance, J’ai toujours rêvé d’être Meryl Streep célèbre aussi, à sa manière, la puissance du rêve. Celle qui pousse à avancer, à persévérer et à poursuivre un objectif malgré les obstacles, quitte à frôler parfois l’absurde. Il y a quelque chose de profondément réjouissant à voir des personnages s’accrocher à leurs lubies avec une conviction aussi inébranlable. Leur démesure devient contagieuse, et l’on se surprend à partager leur enthousiasme, même lorsque leurs décisions semblent parfaitement irrationnelles.
C’est d’ailleurs l’une des grandes qualités du spectacle : parvenir à conjuguer une folie débordante avec une véritable tendresse pour ses personnages. On rit de leurs excès, de leurs contradictions et de leurs obsessions, mais on s’attache aussi à eux. Sous les paillettes et les situations improbables, il y a une vraie générosité, une envie manifeste de faire plaisir et de transmettre une énergie positive.
Au final, J’ai toujours rêvé d’être Meryl Streep est une comédie musicale qui ne se prend jamais trop au sérieux, mais qui prend manifestement son public au sérieux. Derrière son apparente extravagance se cachent une écriture travaillée, une construction rythmée, des chansons bien intégrées, une mise en scène astucieuse et un véritable engagement des interprètes.
Du rose, des paillettes, des chansons, des surprises et des personnages délicieusement déjantés : tous les ingrédients sont réunis pour offrir un moment de pur divertissement. Du panache !
Du fun de bout en bout, une bonne dose de folie et une irrésistible envie de ne pas voir le temps passer. En conclusion, un spectacle qui fait du bien !
En quelques mots :
Alors que sa Tatie Loretta décède à une seconde de réaliser son rêve, Jessica, 32 ans, décide de tout faire avant qu’il ne soit trop tard pour réaliser le sien : devenir Meryl Streep. Elle se lance donc dans l’élaboration d’un grand plan d’action qui prendra la forme d’une To-Do List très bien ficelée pour copier le parcours de son idole et devenir elle aussi, une grande star internationale multi-récompensée. Après une nuit riche en caféine et pauvre en heures de sommeil, elle quitte son poste de conseillère en emploi et entame sa métamorphose. Son plan repose sur trois grandes parties : La formation, le théâtre et le cinéma. Rien n’est laissé au hasard. Tout est écrit. Le plan est absolument infaillible… Enfin, ça… c’est sa théorie.
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