Elles disent… l’Odyssée
De : Jean-Luc LAGARCE
Mise en scène : Vincent MARBEAU assisté de Sarah Young
Avec (en alternance) :
Thomas BERNIER, Axelle DELISLE, Gaspard DE SOULTRAIT, Louise HINDERZE LAMARCHE,
Ipek Esra KINAY, Vincent MARBEAU, Vanessa MISSE, Lorraine RESILLOT
A Théâtre Funambule Montmartre
jusqu’au 08 novembre 2026




Vincent MARBEAU nous avait proposé une version très réussie de Tom à la ferme. Il revient avec Elles disent… l’Odyssée de Jean-Luc Lagarce.
Ici, celui que l’on considère comme le tragédien de notre époque voit le genre tragique respecté. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que des figures féminines des grandes tragédies de Racine sont évoquées. Et des figures féminines, Elles disent… l’Odyssée n’en manque pas ! L’aventure mythologique et épique d’Ulysse est abordée ici davantage sous l’angle des femmes : celles qui ont traversé sa vie. Autour d’elles et d’Ulysse, Télémaque en se rangeant du cpoté de la seule figure parentale qu’il ait connue.
Pour marquer la différence des points de vue, le metteur en scène a choisi de dissocier les costumes. Les personnages portent des tuniques antiques, tandis qu’Ulysse est vêtu de manière contemporaine. Ce parti pris ne vise pas seulement à opposer le regard des femmes à celui d’un homme (Ulysse et, par extension, Homère), mais aussi à mettre en relief une société patriarcale dans laquelle les héros sont trop souvent des hommes depuis toujours et encore maintenant.
Par ailleurs, la mise en scène mise énormément sur les regards, bien plus que sur les gestes. Ceux-ci sont rares, ce qui leur confère une intensité particulière et une véritable force expressive. Chaque regard semble porteur d’une intention précise, au service du message défendu, et invite à la réflexion. L’ironie de la situation est, quant à elle, savamment dosée.
Et puis, cet écho entre Pénélope et Calypso, toutes deux bafouées, quelle scène !
Enfin, le texte est porté par une diction parfaite. Si bien dit qu’on croirait entendre des vers. La pièce se donne à entendre comme un classique, à la manière de la Comédie-Française, la prétention et les chichis en moins.
Au final, Vincent MARBEAU signe une proposition aussi élégante que pertinente, qui déplace le regard et redonne voix à celles que l’épopée a trop souvent mis de côté. En faisant entendre ces femmes, leurs blessures et leurs contradictions, le spectacle nous invite à relire le mythe d’Ulysse autrement. Une manière subtile de rappeler que derrière les grandes aventures des héros se cachent aussi des histoires de femmes qui méritent, elles aussi, d’être racontées.
En quelques mots
Déjà vingt années que Pénélope attend chaque jour le retour d’Ulysse.
Attendre, c’est ce que Calypso s’apprête à vivre, en le laissant repartir rejoindre sa bien-aimée. Quant à Circé la magicienne elle s’y refuse, sous peine d’en mourir.
A travers son périple, c’est un chœur de femmes, à la fois mère, amante et épouse, qui nous fait le récit d’une Odyssée à l’échelle humaine. Dans un monde où le temps s’écoule trop vite, le retour n’est-il pas trop tard, dès le départ ?
Une vision contemporaine et captivante d’un des récits les plus emblématiques de la littérature occidentale.
Aurélien







