Le Guide du Parfait Gentleman Assassin
D’après le roman de : Roy HORNIMAN
Adapté de la comédie musicale : A Gentleman’s Guide to Love & Murder
Livret et paroles : Robert L. FREEDMAN
Musique et parole : Steven LUTVAK
Traduction française : Stéphane LAPORTE
Mise en scène : Virginie Lemoine assistée de Laury ANDRE
Direction musicale : Charlotte GAUTHIER en alternance avec Arnaud TIBERE-INGLESE, Delphine DUSSAUX, Benjamin PRAS
Lumières / vidéos : Mehdi IZZA
Décors : Grégoire LEMOINE
Costumes : Axel BOURSIER
Chorégraphies : Mariejo BUFFON
Avec :
Guillaume BEAUJOLAIS, Gaétan BORG, Emma BRAZEILLES, Benoît CAUDEN, Carole DEFFIT, Hervé LEWANDOWSKI, Sandrine MONTCOUDIOL, Camille NICOLAS, Jeremy PETIT, Rachel PIGNOT, Anne-Laure TRIEBEL
Musiciens, en alternance : Raphaël AUBRY, Vincent BOISSEAU, François CHAMBERT, Benjamin FABRE, Nicolas FARGEIX, Antoine ZUNG PHAM
Jusqu’au 20 décembre 2026





Quelle est donc cette surprise que nous crée le Théâtre du Palais-Royal en produisant et en proposant un musical de cette qualité ? On est si peu habitué à ce fait en France — à quelques heureuses exceptions près, comme Mogador, le Châtelet ou le Lido — qu’on en ressort encore plus enchanté. Ça tombe plutôt bien pour un musical qui a tout de même remporté quatre Tony Awards à Broadway. Certains théâtres, producteurs et pseudo-metteurs en scène devraient décidément en prendre de la graine !
Et la surprise commence par le lieu. Pour un théâtre qui n’est pas habitué à accueillir du musical, l’acoustique est franchement étonnante. Lorsque nous avions soulevé la question auprès de Sébastien Azzopardi lors de notre venue aux répétitions, elle avait davantage valeur de garantie que de véritable interrogation rhétorique, au vu des expériences parfois désastreuses de salles comme les Folies Bergère, le Casino de Paris ou, plus récemment, le Théâtre de la Madeleine.
Pour la production, même constat : on sent que les équipes n’ont pas lésiné sur les moyens. Mais surtout, on perçoit derrière cette débauche de savoir-faire une véritable volonté de bien faire. Et cela se voit. Tout semble pensé pour servir le spectacle, sans donner cette désagréable sensation de « produit » fabriqué à la chaîne. Il y a de l’amour de la scène, du goût du spectacle et, surtout, l’envie manifeste de faire plaisir au public.
Enfin, pour la mise en scène, Virginie Lemoine persiste et signe dans la tâche qu’elle s’était déjà donnée avec 31, Chagrin pour soi, Comme en 14, Nos années parallèles ou encore Le Manuel de la jeune mariée 1957. Elle possède un don rare : celui de donner aux comédiens une présence exceptionnelle, de leur faire trouver le petit geste, le regard ou la rupture qui font exister un personnage. Qu’il s’agisse de drame ou, comme ici, de comédie, elle sait manifestement comment faire passer les interprètes du simple rôle au véritable personnage.
Car oui, Le Manuel du parfait gentleman assassin est une comédie. Et si son titre pourrait laisser imaginer une sombre histoire de serial killer, on est bien davantage dans l’exploration jubilatoire des gros défauts humains. Ambition, cupidité, vanité, arrivisme, hypocrisie, jalousie : les valeurs humaines et morales passent ici au hachoir pour être transformées en une savoureuse farce. Et le pire, c’est qu’on en redemande !
Les fondations du vaudeville sont solidement posées : triangle amoureux, quiproquos, personnages qui se croisent sans jamais vraiment se comprendre et, bien entendu, cadavres et amants dans le placard. Tout y est. Mais tout y est avec cette petite touche d’absurde et de démesure qui fait basculer l’ensemble dans une mécanique parfaitement réjouissante. On sait que tout cela est invraisemblable. On sait que la morale est en train de prendre une sacrée dérouillée. Et c’est précisément ce qui rend le spectacle si jubilatoire.
Côté talents sur scène, pas un.e artiste n’en manque. On est face à un casting exceptionnel, qui semble avoir compris une chose essentielle : dans une comédie comme celle-ci, il faut accepter de se mettre au service de la folie collective. Il faut oser le geste, le regard, la caricature, l’excès. Et manifestement, personne ici n’a peur d’aller trop loin.
Par ailleurs, on ne peut que s’incliner devant la performance de haute volée de Benoît Cauden. Il n’a décidément pas volé son Molière. Enchaîner les rôles à un tel rythme relève déjà de la prouesse. Mais leur donner à chacun des traits de caractère, des mimiques, des attitudes, des voix, des phrasés et des personnalités distinctes relève carrément du prodige. Il ne se contente pas de changer de costume : il change de corps, de démarche, de regard, de tempo. Il rassemble à lui tout seul Arturo Brachetti et Louis de Funès. Et il est époustouflant !
Pour les autres, on est épaté par la même verve et la même qualité de jeu. Chacun semble prendre possession de son personnage avec une gourmandise communicative. Les gestes prennent des airs de cabaret, parfois de cirque, et l’on sent chez les interprètes ce plaisir presque enfantin de jouer avec les codes, de pousser les curseurs, de provoquer le rire. Nul doute qu’ils prennent autant de plaisir à jouer — un terme qui prend ici son sens premier — que nous à les regarder.
Et ce plaisir finit forcément par devenir contagieux. On rit, on s’étonne, on attend la prochaine catastrophe avec une forme d’impatience coupable. Car c’est aussi là que le spectacle fonctionne particulièrement bien : il nous fait applaudir des situations qui, sorties de leur contexte, seraient absolument abominables. On assiste à une succession de petites horreurs humaines, mais elles sont tellement outrées, tellement théâtralisées, tellement joyeusement assumées qu’elles deviennent irrésistibles.
Quant au chant, là encore, il n’y a rien à redire. Ça harmonise, ça donne dans le lyrisme, dans le canon, dans l’ensemble vocal parfaitement maîtrisé. Et surtout, ça prend le temps de respirer. Alors forcément, c’est posé. C’est d’autant plus posé que les orchestrations se veulent sans surcharge, laissant à la musique la possibilité de parler autant que le livret et les paroles. Rien ne semble chercher à prendre le dessus sur le reste. Chaque élément trouve sa place.
Les paroles, justement, ont la sonorité qu’il faut. Elles ajoutent encore du rythme, du relief et du fun aux situations grotesques qui s’enchaînent sans temps mort. La langue française se glisse ici dans la mécanique musicale avec une belle fluidité, sans donner l’impression d’être simplement plaquée sur une partition préexistante. Et lorsque tout s’emboîte — texte, musique, jeu, mouvement et mise en scène — on retrouve ce petit miracle propre au spectacle vivant : celui où l’on cesse de regarder les rouages pour simplement se laisser embarquer.
Grandiloquent ! Excellentissime !!!
Et surtout, réjouissant. Parce qu’au-delà de la prouesse technique et de la qualité du casting, il y a quelque chose de beaucoup plus simple qui se dégage de ce spectacle : le plaisir. Le plaisir de jouer, de chanter, de raconter, de faire rire et, surtout, de partager tout cela avec une salle.
Il n’y a donc pas à hésiter une seconde.
Foncez-y !
En quelques mots :
Londres, 1906. Un jeune homme sans-le-sou apprend par accident qu’il est légataire d’une immense fortune et d’un titre de Comte. Seule ombre au tableau : huit héritiers le précédent. Qu’à cela ne tienne : il entreprend, méthodiquement mais toujours avec panache, de les éliminer un par un.
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Aurélien.








