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Le Manuel de la Jeune Mariée 1957 | Le Monde Du Cinéma

Le Manuel de la Jeune Mariée 1957

Le Manuel de la Jeune Mariée 1957

De : Virgine LEMOINE

Mise en scène : Virgine LEMOINE assistée de Laury ANDRE

Chorégraphie : Sharon SULTAN

Décor : Grégoire LEMOINE assisté de Thierry DESROCHES

Musiques  : Stéphane CORBIN

Lumières et créations d’images : Mehdi IZZA

Avec :

Ariane BROUSSE ou Florence COSTE, Nouritza EMMANUELIAN, Cloé HORRY, Mathilde MOULINAT, Valérie ZACCOMER

Avec au Piano :
Stéphane CORBIN ou Martin PAUVERT

Au Théâtre actuel La Bruyère

Jusqu’au 31 décembre 2026

Picto étoile | Get-picto
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Quelle merveille de spectacle qui nous est donnée là !

D’abord parce que Le Guide de la Jeune Mariée 1957 possède cette bonhomie en apparence légère qui, derrière les sourires et les éclats de rire, cache quelque chose de beaucoup plus profond. Évidemment, on rit. On rit parce que le ton se veut ironique, parce que l’absurdité de certaines situations est aujourd’hui si inconcevable qu’elle en devient presque grotesque… sauf peut-être pour toutes les Josianne et les Martine qui soutiennent encore Patrick Bruel.

Mais derrière ce rire, il y a aussi une forme de vertige. Celui de réaliser que ce qui nous paraît aujourd’hui invraisemblable, voire ridicule, a pourtant constitué, pour des générations de femmes, une réalité parfaitement ordinaire. Et ce décalage entre le rire que l’on éprouve et ce que l’on comprend peu à peu de cette réalité donne au spectacle une émotion particulière. On rit, donc. Mais on n’en sort pas tout à fait indemne.

La scénographie, elle, est sans chichi : cinq tabourets, une poignée d’accessoires, des costumes ravissants qui mettent les femmes bien davantage en valeur qu’ils ne les destinent à rester derrière les fourneaux… et c’est tout. Pas besoin de davantage. Pour le reste, la direction d’actrices fait son œuvre. On se régale d’une façon de jouer qui rappelle un théâtre de troupe, généreux, précis, où chacune trouve sa place tout en participant pleinement à une dynamique collective.

Et puis, par petites touches successives, la pièce devient théâtre musical grâce aux interventions de Stéphane CORBIN. Il manie parfaitement, avec la complicité des cinq femmes au foyer, l’art du jingle. Ces ponctuations musicales apportent du rythme, de la malice et contribuent à installer cet univers délicieusement décalé. On note au passage un hommage musical discret à Zizi Jeanmaire. 

Mais on se réjouit aussi des références historiques qui apparaissent au fil de la narration. On se rappelle de quelques traditions dites festives et pourtant rétrogrades encore présentes dans quelques ruralités. On dit narration, mais on pourrait tout aussi bien parler de scénettes, même si un fil conducteur, bel et bien présent, relie l’ensemble. Les tableaux s’enchaînent avec légèreté, et c’est justement cette légèreté qui permet au propos de s’insinuer sans jamais donner l’impression d’une leçon.

Et c’est là que le spectacle réussit quelque chose de particulièrement précieux : il nous fait passer du rire à la réflexion presque sans que nous nous en rendions compte. Une situation nous amuse, une autre nous surprend, une réplique nous fait sourire… puis, quelques secondes plus tard, on réalise ce qu’elle raconte de la condition féminine et du monde dans lequel elle s’inscrivait.

Spoiler : le spectacle est notre premier coup de cœur de la saison. Et coup de cœur dans le coup de cœur pour Ariane BROUSSE, qui jouit d’une présence lumineuse. Elle possède cette capacité rare à occuper la scène sans jamais l’écraser, à faire passer une émotion dans un regard, une attitude, une inflexion. On la suit avec bonheur et, parfois, avec cette petite pointe d’émotion qui surgit lorsque son personnage parvient à nous toucher au-delà des mots.

Enfin, si l’humour est le maître-mot de ce spectacle, il s’y cache, comme c’est presque toujours le cas au théâtre depuis que cet art existe, un message à grande portée politique.

Car les minutes s’égrènent au rythme des années. Et, à mesure que le temps avance, quelque chose se dessine derrière les sourires : la prise de conscience du chemin parcouru. La gent féminine en a chié. Elle s’est tue. Elle a composé, résisté, avancé parfois à petits pas, parfois à grands coups de courage. Les choses changent, les mentalités évoluent, les droits progressent.

Et pourtant…

Le spectacle nous rappelle avec intelligence et une bonne dose de second degré que le chemin n’est pas terminé. Qu’il reste encore beaucoup à déconstruire, à transmettre, à défendre. Et peut-être est-ce justement parce que le spectacle choisit de nous faire rire qu’il parvient si bien à nous le rappeler : le rire désarme, rassemble et permet parfois de regarder notre propre histoire avec davantage de lucidité.

On ressort donc de Le Guide de la Jeune Mariée 1957 avec le sourire, quelques airs en tête, beaucoup de plaisir et, surtout, cette sensation assez rare d’avoir passé un excellent moment tout en ayant été discrètement bousculé.

En quelques mots :

UNE PLONGÉE DANS LE TEMPS AUSSI AHURISSANTE QU’HISTORIQUE !

Nous sommes en 1957. À la veille de leur mariage, cinq futures mariées étudient consciencieusement un manuel de bonnes convenances qui leur distille de précieux conseils : éviter toute opinion politique, se montrer inlassablement dévouée à son époux, tenter de mettre au monde une douzaine d’enfants ou encore désinfecter sa maison avec de l’eau claire et du formol. Un manuel aussi vrai qu’aberrant ! Découvrez ces conseils d’un autre temps et le décalage abyssal entre la condition de la femme d’hier et d’aujourd’hui.

Une joyeuse comédie qui célèbre en musique et en chansons le chemin parcouru par les femmes, à partager en couple, entre amis ou en famille.

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Aurélien

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