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Hécube, pas Hécube | Le Monde Du Cinéma

Hécube, pas Hécube

Hécube, pas Hécube

De : Tiago RODRIGUES

Mise en scène : Tiago RODRIGUES

Traduction : Thomas RESENDES

Scénographie : Fernando RIBEIRO

Costumes : José António TENENTE

Lumières : Rui MONTEIRO

Musiques orginiales et son : Pedro COSTA

Collaboration artistique : Sophie BRICAIRE

Avec :

Elissa ALLOULA, Loïc CORBERY, Eric GENOVESE, Gaël KAMILINDI, Elsa LEPOIVRE, Denis PODALYDES, Séphora PONDI

Au 13e Art

jusqu’au 17 avril 2026

Picto étoile | Get-picto
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Euripide n’a qu’à bien se tenir, Tiago RODRIGUES se réapproprie le texte Hécube de façon magistrale. Pari fou mais pari réussi pour une mise en abîme hors du commun.

Si l’œuvre antique est respectée dans la manière dont elle rend hommage aux mots et à l’auteur, elle est parfois aussi moquée en étant renvoyée à notre époque. C’est d’ailleurs une des forces d’Hécube, pas Hécube, une autodérision non seulement de la tragédie grecque mais aussi du théâtre contemporain. Sans cesse, Tiago RODRIGUES va jouer sur la tendance à confronter les contractions. Ainsi, la tragédie devient comédie et vice-versa.  L’auteur joue avec deux genres opposés, il les adjoints l’un à l’autre, pour mieux les soustraire par la suite. Qui plus est, ce même auteur se paye le culot de jouer Hécube dans un ordre inversé pour en prélever toute l’essence. Là encore, c’est malin. L’écriture est d’une grande réflexion et fait preuve d’une grande intelligence. Voilà ce qui fait d’Hécube pas Hécube, une pièce ingénieuse.
Mais l’audace relevant du génie ne s’arrête pas là. Elle est partout en Hécube, pas Hécube qui joue trois histoires dans la même : le quotidien d’une comédienne entre son travail et sa bataille personnelle, la tragédie Hécube et une série intitulée La chienne perdue. Notons pour ce dernier titre que le symbole est puissant. D’ailleurs, le chœur, notamment Gaël KAMILINDI avec une certaine malice quant aux couleurs des costumes, insistera sur certains symboles dont la pièce regorge. Chaque détail a été pensé du titre aux noms des personnages modernes. Toujours dans une considération habile, la frontière entre les personnages et les différentes histoires devient de plus en plus ténue à mesure que la pièce avance. Si c’est une évidence pour Hécube très rapidement, pour les autres, on se régale d’assister à cette fusion. On dit que le théâtre est un jeu de masque. Dans Hécube, pas Hécube, les masques tombent lentement mais sûrement avec pour point d’orgue le masque de Polymestor. Si le public en rit, c’est qu’Hécube, pas Hécube est aussi, évidemment, une satire politique.

Pour pouvoir amener autant de variations dans le récit, il fallait des comédiens non moins exceptionnels que la pièce. Assurons que c’est le cas. Si en toute logique, Elsa LEPOIVRE en rôle principal prend la scène en une femme plus touchante que Drama Queen, aucun talent n’est mis de côté. Chacun est en train de jouer quelque chose même s’il n’est pas un des rôles d’une scène. Il n’est pas juste à attendre sa prochaine intervention mais reste sur le plateau à occuper l’espace par un geste, une posture, un mouvement… Ça parait normal mais ce n’est pas si évident que ça lorsqu’on choisit de ne pas faire de sortie. Comme un musicien, les comédiens jouent la tierce. Ajoutons que le passage d’un personnage hypothétiquement réel est si réussi qu’on a l’impression d’improvisation. Si ce n’est nullement le cas, c’est le signe d’un jeu d’une vérité incontestable. Ils nous surprennent même à jouer mal mais bien aussi absurde que cette observation semble être. Et puis, il y a cette gravité des regards qui, au besoin, se fait plus éloquente que les mots.

Avec Hécube, pas Hécube, outre l’intelligence de jeu, l’écriture fait que c’est comme si la Comédie Française surfait sur la vague du multivers et elle surfe à la manière d’un Kelly SLATER. Hécube, pas Hécube glisse son propos en équilibriste adroit avant de laisser le fracas de la révélation aux yeux plein d’écume d’un public subjugué.

En quelques mots

Pour sa première collaboration avec la Troupe en juillet 2024, Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon, s’empare de l’histoire d’Hécube.

Et comme il est d’usage dans son théâtre d’une adresse directe au public, il mêle aux enjeux atemporels de la femme antique, troyenne, ceux d’une femme d’aujourd’hui, comédienne et mère, prise au cœur de tourments similaires. Tiago Rodrigues a coutume de dire qu’il n’écrit pas de pièces pour le théâtre mais pour les comédiennes et comédiens qui font la pièce. Ici donc, une actrice répète « Hécube » d’Euripide. Elle joue le rôle de la veuve de Priam. Celle qui, dans la défaite de Troie, a tout perdu : son époux, son trône, sa liberté, et pour sa plus grande souffrance, presque tous ses enfants. C’est une femme qui réclame justice.
Or la tragédie fictionnelle vient douloureusement heurter la réalité intime de la comédienne dont le fils porteur d’autisme a été victime d’un système de maltraitance qu’elle dénonce et contre lequel elle s’insurge. Au temps des répétitions du spectacle se superpose avec ambiguïté celui de l’enquête judiciaire. Dans un décor unique et crépusculaire, ce sont deux mondes qui viennent se frotter l’un à l’autre, dans un entremêlement troublé, troublant, entre la tragédie du mythe et celle du réel, entre le jeu du théâtre et celui de la justice. Le spectacle, créé fin juin 2024 à la Carrière de Boulbon du Festival d’Avignon, repris Salle Richelieu après une tournée dans onze pays d’Europe ainsi qu’en région, fait halte pour une série de représentations exceptionnelle au 13e art.

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Aurélien

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