Où vont les larmes quand elles sèchent
D’après : Baptiste BEAULIEU
Adaptation : Léna BREBAN
Mise en scène : Léna BREBAN assistée d’Ambre REYNAUD
Musiques : Victor BELIN et Raphaêl AUCLER
Scénographie : Bastien FORESTIER
Lumières : Thibault VINCENT
Costumes : Alice TOUVET
Perruque : Julie POULAIN
Avec :
Régis VALLEE
Jusqu’au 14 décembre 2026



Dans le titre, une question, sans même un point d’interrogation. Comme une énigme laissée en suspens. Où vont donc les larmes lorsqu’elles ne coulent plus ? Pendant un peu plus d’une heure, Jean, médecin de famille, va tenter de répondre à cette question en auscultant moins ses patients que lui-même, à la recherche de ces perles d’eau qui, depuis longtemps, refusent de venir.
À l’instar d’Alric NEFRESOSKI dans L’Agonie d’Adonis, qui interrogeait « Où vont les rêves quand paraît l’aube ? », la pièce s’aventure du côté des secrets de l’âme. Mais ici, pas question de les approcher avec solennité. On les effleure avec humour, avec effronterie parfois, comme si le rire était le seul moyen d’oser regarder l’inavouable en face. Après tout, ne dit-on pas qu’il y a souvent un peu de vérité derrière un « Je rigole » ?
A dose de piques bien envoyées vers un quatrième mur brisé d’emblée, on écoute les petits tracas de la vie du médecin derrière lequel se cache un homme comme tout le monde avec ses doutes et ses excès. Et avec ça, il devient rapidement irrésistible sur tous les plans. De plus, on s’attache à chaque personne racontée par le médecin.
Car Jean n’est pas seul sur scène. À travers lui défile toute une galerie de patients, de vies cabossées, de destins minuscules en apparence mais qui, une fois racontés, prennent une ampleur considérable. Chaque rencontre devient un petit morceau d’existence. L’insondable est révélé à grand renforts d’anecdotes de petites choses qu’on a tous en tête. Ces petits riens qui nous agacent et nous émeuvent, dans le cas présent, font sourire parce qu’ils nous donnent aussi une impression de déjà vu.
Et c’est sans doute là que la pièce trouve sa plus belle justesse : dans cette capacité à faire surgir l’universel à partir du banal.
L’insondable se dévoile ainsi par petites touches, au détour d’une consultation, d’un souvenir ou d’une remarque apparemment anodine. Le grave ne s’installe jamais lourdement. Il avance à pas de velours, toujours accompagné d’une pointe d’humour qui empêche l’émotion de devenir pesante.
Et puis il y a Régis VALLÉE. Seul en scène, il donne l’impression d’avoir plusieurs vies à raconter et de manquer de temps pour toutes les faire exister. Sa parole fuse, déborde, s’emballe dans une formidable logorrhée, sans jamais donner le sentiment de chercher son chemin. Le débit est impressionnant, la précision redoutable !
La mise en scène de Léna BRÉBAN accompagne merveilleusement cette mécanique. Elle sait créer du mouvement là où l’on pourrait craindre l’immobilité du seul-en-scène et faire naître tout un monde autour de son comédien. Rien ne semble gratuit : chaque élément participe à cette impression que le cabinet de Jean est devenu une petite boîte à histoires, un endroit où les vies entrent, sortent, se croisent et laissent leur empreinte dans un fascinant bric à brac.
Mais la véritable prouesse est ailleurs : réussir à nous faire rire tout en nous conduisant, presque à notre insu, vers une émotion de plus en plus profonde.
On se retrouve au bord des larmes, juste là, à quelques millimètres de cette émotion que Jean cherche précisément à retrouver. Mais la larme ne tombe pas forcément. Elle reste suspendue. Comme si le spectacle nous faisait éprouver physiquement ce que traverse son personnage.
À force d’écouter Jean raconter les autres, on finit d’ailleurs par ne plus seulement le regarder : on devient lui. On écoute comme lui. On ressent comme lui. On porte, avec lui, un peu de toutes ces existences croisées en chemin. Ce regard sur le quotidien est beau et doux.
Et c’est peut-être pour cela que ce spectacle laisse une sensation aussi douce après le dernier mot. Parce qu’il parle de la maladie, de la mort, des blessures, des injustices et de la solitude sans jamais oublier que, même au milieu de tout cela, il reste la possibilité de rire, de s’émouvoir et surtout de regarder l’autre avec humanité.
Le mariage Léna BRÉBAN – Régis VALLÉE fonctionne une nouvelle fois à merveille et transforme cette histoire en un moment à la fois drôle, tendre, généreux et profondément humain.
Alors, où vont les larmes quand elles sèchent ?
Peut-être qu’elles ne disparaissent jamais vraiment. Peut-être qu’elles se cachent quelque part entre un rire, un souvenir, une histoire racontée et cette émotion qui nous attrape lorsque nous nous y attendons le moins.
Du rire, de l’émotion, de la tendresse, de l’humanité…
Du théâtre, en somme.
En quelques mots :
LE TEXTE DRÔLE ET ÉMOUVANT DE BAPTISTE BEAULIEU, ADAPTÉ AVEC FINESSE PAR LÉNA BREBAN.
« Je suis médecin généraliste dans une petite ville et comme mes collègues
j’ai trop de patients : ils débordent de la salle d’attente.
Soigner. Consoler. Écouter.
Soigner. Consoler. Écouter.
J’entends beaucoup d’histoires et il m’arrive de les lire directement sur le corps des malades. Les injustices qui traversent leur vie me mettent en colère mais surtout je ne sais plus comment pleurer depuis cette nuit où il m’a manqué six petites minutes ».
D’anecdotes hilarantes en éclats poétiques en passant par des punchlines volcaniques, Jean suture délicatement les plaies de nos humanités….
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