Les liaisons dangereuses
De : Choderlos DE LACLOS
Mise en scène : Terry MISSERAOUI
Avec :
Maxime ANDRIYANOV, Florence GAUSSEN, Juliette HOUIS, Gauthier RIGOULOT, Isabelle TORIS
De retour prochainement




Roman féministe avant l’heure, cette mise en scène de Terry MISSERAOUI place l’action au début des années 60 quand la “femme Singer” ne revendique pas encore son droit au plaisir et que la pillule contraceptive fait grand bruit sur les ondes radiophoniques.
Si les libertinages du Vicomte et de la Marquise se jouent en cette époque, le texte lui n’a pas été retouché. C’est un plaisir certain d’entendre chaque ligne telle qu’écrite. Pour autant, le style épistolaire de LACLOS ne se contente pas de mettre en scène des personnages qui lisent ou écrivent, on assiste à un véritable échange dynamique où la joute verbale fait davantage effet.
Une belle surprise, puisqu’on avait pu entendre une certaine résistance de certains théâtreux parlant d’outrecuidance de passer après la mise en scène d’Arnaud DENIS. On l’a pensé également et c’est ce qui rend la surprise encore plus belle face à une proposition qui se détache de la précédente et qui reste toute aussi accomplie.
Le texte aux répliques délectables est servi par des comédiens pour qui chaque rôle va comme un gant. La gaucherie de Danceny, les manières conventionnelles de Tourvelle, le magnétisme de Valmont, le machiavélisme de Merteuil et l’innocence de Volanges.
Chez les maîtres du jeu la profondeur des faux sentiments est parfaitement lisible. Les monologues sont riches d’une prose admirable.
Quant aux costumes, ils jouissent d’une qualité indissociable de l’intimité d’un boudoir et d’un style bien avisé. On y note ici et là une référence au double enjeu de la partie.
Dans ce jeu de manipulation, le spectateur ne pourra que prendre part à l’opération séduction.
En quelques mots
La mise en scène restitue fidèlement la plume sulfureuse d’un des romans les plus célèbres de notre littérature, transformant les lettres en une pièce épistolaire où le jeu de séduction rime avec ” Guerre des sexes “. Les échanges écrits, rêches et subtils, de Choderlos de Laclos prennent corps dans une esthétique années 60, clin d’oeil à la première adaptation cinématographique de Roger Vadim, qui souligne les tensions sociales de l’époque.
Placé dans une décennie où la liberté féminine, de la contraception à l’IVG, restait contrainte et stigmatisée, le spectacle met en lumière la modernité du roman et la persistance des rapports de pouvoir entre hommes et femmes. Les personnages se jouent des convenances, manipulant passions et faux-semblants dans un rythme mêlant ironie et gravité, tout en respectant et en interprétant la plume de Laclos et uniquement sa plume.
Entre ces deux siècles, le propos reste d’une brûlante actualité : la pièce questionne nos représentations du désir, de la morale et de l’émancipation, tout en offrant une mise en scène élégante et percutante qui résonne bien au-delà du petit salon bourgeois.
Aurélien







